Le Pont-de-Montvert accueil le «surréalisme» bruxellois

Christian Bobin le dit si joliment:

«Ce que nous appelons “moi” est un costume darlequin composé d’histoires rapportées, d’étoffes empruntées. […] Nous ne sommes soudain faits d’une seule pièce que par la chance d’une voix qui nous appelle en nous aimant. Nommer d’amour fait venir l’unique au monde.»

Dans mon «costume d’arlequin», le village de Pont-de-Montvert est une belle part d’étoffe de qualité: vous l’avez peut-être déjà aperçue dans le projet 113 oracles. Il est important pour moi de coudre à cette étoffe mes autres tissus de poésie et de langage.

C’est donc avec grand plaisir que j’ai proposé à la Médiathèque de Pont-de-Montvert un atelier d’écriture centré sur les pratiques poétiques de Paul Nougé et des «surréalistes bruxellois».

Ce fut l’occasion de belles rencontres et d’une belle expérience. Vous trouverez quelques traces de ce samedi 18 juillet ci-après.

Un tout grand merci à Josette M. d’avoir accueilli chaleureusement cette proposition, et d’avoir si bien organisé sa préparation et son déroulement. De mon côté c’est avec grand plaisir que je renouvellerai ces travaux de mots et de couture.

Au plaisir de vous retrouver là… ou ailleurs,

Pascal


Au travers des fenêtres

Le matin au réveil, j’ouvre mes fenêtres.
Volets ouverts vers l’extérieur, je contemple le ciel.
Nez collé au verre, je vois avec plus ou moins de joie.
La fenêtre est sur l’environnement l’élément qui pénètre.
Elle détermine l’emplacement.
De la cité sinistre elle renvoie le gris.
Du pavillon de banlieue, la banalité.
De la maison de village endormi, la vérité triste sans âge.
De la maison bourgeoise, le bonheur préfabriqué.
Au travers des fenêtres qui donnent la nature en perspective du jour à naître.
Si les yeux s’ouvrent sur tous les possibles, horizon de mer, montagne campagne;
à chacun de trouver le sien.
Ma fenêtre a été bâtie il y a plusieurs siècles et comble tout mon être.

Philippe D.

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La fille modèle

Elvire est une chimpanzé très vieille
Elle n’est pas comme certaines congénères  pour qui la banane est toujours trop mure et le soigneur trop en avance ou en retard.
Elle sait que la patience est nécessaire à la bonne santé de sa journée.
Non seulement sa peau et ses jambes, mais son cou, ses bras et ses épaules sont attachés a son corps tout entier chaque matin.
Fréquemment elle se démembre les membres, la tête, tout le corps.
Elle n’emploie jamais que de la banane fraîche: l’été, cela la calme; l’hiver, elle se réchauffe et est vite en plein délire.
Aussi elle jouit d’une incroyable vigueur pour son âge.
Regardez comme elle est svelte et souple: c’est la banane qui lui donne cette pêche.
Suivez l’exemple d’Elvire, elle vire à l’exemple.

Philippe D. & Paul Nougé

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La Belgique

C’était un Belge de la Belgique, un obsédé de la Belgitude. C’est d’ailleurs avec un réel accent qu’il avait trouvé sa femme. Raison pour laquelle il l’avait conquis.
Avant d’offrir la Flandre à la Hollande, il toisa la France d’un air soupçonneux, puis demanda aux Belges:
– La Belgique est bien belge, au moins?

Philippe D. & Jacques Sternberg

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Les objets équivalents

Je suis un anneau de bois
Moi, je suis une fleur de feutrine verte
Que fait-on ensemble?
Moi, je suis plutôt du genre dur et inflexible
Moi, je suis plutôt souple et malléable
On est vraiment différents alors?
On pourrait peut-être s’associer, créer quelque chose de neuf, du jamais vu?
Déjà si on s’assemblait?
Toi la fleur, tu peux t’insérer dans mon trou central…
Attention pas de sexe entre nous!
Et toi l’anneau, tu peux tenir droit, toi? Moi, oui…
On n’est pas plus avancés là.
Et alors c’est les humains qui commandent?
Moi je te dis que l’on est fait l’un pour l’autre.
Le hasard nous a rassemblés, c’est une chance, à deux on sera plus forts;
Moi je peux rouler, toi tu peux amortir les chocs.
Ce qui est sur c’est que nous sommes tous deux des objets, 

que cela lui plaise ou non, à celui qui écrit.
Et bien nous, on est ensemble… et le reste, on s’en moque.

Philippe D.